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Crise politique israélienne : à qui profite le crime ?

Ce qui est bien avec la politique israélienne, c’est que l’on ne s’y ennuie jamais. Surtout avec Benjamin Netanyahou comme Premier ministre. Corruption, enquêtes, affaires familiales, perte de majorité gouvernementale, manipulation des médias, c’est un véritable feuilleton.

Alors, comme cela se fait dans les bons programmes, voici un petit résumé des épisodes précédents.

Depuis plusieurs mois, Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, est visé par une enquête judiciaire et répond à plusieurs chefs d’accusation. Pour corruption d’abord, mais aussi pour abus de confiance et implication dans la crise des médias, qu’il est accusé d’avoir orchestrée et manipulée pour son bénéfice personnel. De cette enquête est sortie une véritable demande d’inculpation contre le chef du gouvernement. Démission ? Que nenni ! Dans la vie de Netanyahou, quand un Premier ministre est accablé par de telles charges, il n’est pas nécessaire qu’il démissionne. Violer les valeurs de l’Etat de droit ? Manquer aux principes fondateurs d’une démocratie ? Rompre le pacte républicain ? Il n’y a pas de mal.

Les compagnons de route de Netanyahou n’ont d’ailleurs rien trouvé à y dire. Aucun n’a osé lever le petit doigt et dénoncer, non seulement les erreurs, les fautes graves du Premier ministre en exercice. Et tout ça en se targuant d’être les porteurs de la seule démocratie de la région et en citant David Ben Gourion à tout va. Celui-ci serait mort de honte s’il n’était pas déjà enterré.

Au cœur de cette crise, Benjamin Netanyahou a trouvé la meilleure porte de sortie possible : le ciel. Aussitôt installé dans son avion magique, le Premier ministre a retrouvé les grâces de l’opinion publique grâce à sa énième rencontre avec le Président américain Donald Trump et son discours théâtral prononcé devant un parterre de fans à la Conférence AIPAC. Netanyahou a ressorti son arme fatale, celle qui met tout le monde d’accord : l’Iran. Envolées les critiques sur ses manquements, les calomnies et les disgrâces.

Envolées, vraiment ? Pas tout à fait. Car de l’autre côté du monde, en Israël, la presse a joué plus que jamais son rôle de contre-pouvoir et n’a pas lâché le morceau. Quotidiennement, les médias israéliens ont continué à appuyer les erreurs du Premier ministre et à faire suivre le feuilleton judicaire de Netanyahou aux Israéliens. Parfois, bien-sûr, histoire de varier les sujets, ils proposaient aussi des articles édifiants sur la dernière riche idée du gouvernement, le renvoi des demandeurs d’asile – principalement originaires d’Erythrée et du Soudan du Sud – et leur déportation au Rwanda, monnayant une petit somme rondelette.

‘I had a dream’

A peine quelques jours de répit plus tard, Benjamin Netanyahou s’est réveillé d’un horrible cauchemar : il perdait la majorité gouvernementale. Sarah a eu beau lui dire que les rêves prémonitoires n’existaient pas, il a fallu se faire une raison : la crise commençait à peine.

Au centre de la nouvelle péripétie ? La loi sur la conscription militaire des jeunes ultra-orthodoxes. Il y a quelques mois, il avait été demandé au gouvernement de discuter et de rédiger une proposition de loi pour abolir l’exemption des jeunes religieux au servie miliaire obligatoire. La date limite ? Le 15 mars. Mauvais timing, donc.

Il y a deux jours, le Premier ministre, en travaillant de concert avec les partis religieux membres de la coalition, a proposé un compromis : la loi permettrait désormais aux étudiants de yeshivot (écoles pour l’étude de la Torah) de reporter leur conscription jusqu’à l’âge de 26 ans.

Deux camps se sont alors formés au sein de la coalition gouvernementale. D’un côté, ceux qui sont en faveur de cette loi (dont les partis religieux et Naftali Bennett, ministre de l’Education), de l’autre, ceux qui s’y opposent (dont le ministre des Finances Moshe Kahlon et le ministre de la Défense Avigdor Liberman).

Et c’est là, au cœur de ces deux camps, que se situe le problème, chacun ayant menacé de ne pas voter le budget gouvernemental proposé en mars et de se retirer de la coalition si ses vœux relatifs à cette loi n’étaient pas respectés.

Coalition fragilisée

Benjamin Netanyahou le sait, la coalition déjà fragile, serait complètement affaiblie si l’un de ses ministres venait à en sortir. En cas de minorité parlementaire, il n’aurait pas d’autre choix que d’annoncer des élections anticipées (les prochaines élections devant normalement se tenir en novembre 2019).

Face à cette possibilité, le ministre de l’Education Naftali Bennett, toujours à l’affût des bons plans, à déclarer qu’il pourrait se présenter face à Benjamin Netanyahou. Malheureusement pour lui, il n’est pas certain que les électeurs israéliens lui donneront le nombre de mandat minimum requis pour entrer à la Knesset.

La vraie question est donc la suivante : à qui profite le crime ? Et la réponse semble toute trouvée. Il parait en effet invraisemblable que Benjamin Netanyahou laisse tout bonnement les choses arriver, sans avoir de maîtrise sur la suite des événements. Non, Bibi sait au contraire exactement e qu’il va se passer et quand il faudra l’annoncer.

Les sondages sont clairs : ils donnent le Likoud vainqueur en cas d’élections anticipées, suivi du parti de Yaïr Lapid Yesh Atid, et très loin derrière du parti HaMahane HaTsioni, dirigé par Avi Gabbai. Pour ces deux partis politiques, une campagne politique de quelques mois ne suffirait probablement pas à retourner la tendance et à les propulser en tête de la coalition.

Lundi 12 mars, Benjamin Netanyahou s’est exprimé à la Knesset sur son intention ou non d’avancer les élections législatives. Alors que les Israéliens, suspendus à ses lèvres, attendaient de savoir si le 26 juin prochain serait férié pour leur permettre de se rendre aux urnes, il a simplement déclaré « Si des élections doivent avoir lieu, nous gagnerons, mais nous n’en sommes pas encore là ». Une déclaration toute politique donc et sans information nouvelle, qui parvient tout de même à se hisser à la Une des quotidiens nationaux. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il a probablement raison.

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Les frontières floues

Les parcelles des terrains du monde entier sont segmentées, les routes sont délimitées, des murs sont construits pour séparer les territoires. Pourtant, la frontière est floue…

Frontière : délimitation, limite entre deux choses différentes

Depuis quelques jours, une expression très à la mode est de nouveau sur toutes les lèvres : la frontière est floue.

N’est-ce pourtant pas l’objectif premier d’une frontière de rendre net ce qui ne l’était pas ?

La frontière peut se définir de manières variées, comme on le découvre à travers l’exposition Shifting Boundaries* présentée en ce moment au Centre du Prix Nobel de la Paix à Oslo.

Douze photographes européens ont travaillé sur ce sujet des « frontières mobiles ». Une frontière, à défaut d’être floue, peut – certes – être déplacée.

Certains travaux de l’exposition présentent la vie de populations déplacées de l’autre côté d’une frontière ; les histoires de combattants ukrainiens ayant franchi la frontière qui sépare la vie civile de la vie militaire ; mais c’est sur les photos d’un centre pour de jeunes Polonaises victimes de troubles alimentaires qu’il faut s’arrêter un moment. Ces jeunes filles sont passées du côté sain au côté malade, du côté de l’esprit au côté du corps, du côté de la souffrance à celui de la délivrance. Elles sont passées de l’autre côté de la frontière.

Une frontière invisible, impalpable, inodore. C’est peut-être cela, une frontière floue ?

Quelques jours après la visite de cette exposition, l’affaire Weinstein éclate.

Il devient alors essentiel de déterminer avec exactitude ce qui est, et ce qui n’est pas, de l’ordre du harcèlement sexuel. Certains media s’en donnent à cœur joie et proposent des quizz qui présentent des situations que le lecteur doit qualifier de « harcèlement » ou « pas harcèlement ».

Une obsession – comme pour palier à la peur – s’empare du monde qui doit réussir à placer la frontière, comme s’il jouait à un jeu de société qui demanderait de placer des petites barrières en plastique sur un immense plateau de jeu.

On nous a pourtant bien prévenu : la frontière est floue. Entre ce qui est légal, et illégal. Entre recevoir des mails salaces d’un supérieur et être victime d’une blague vaseuse à la machine à café.

C’est ce même flou qui est invoqué à la fois par les victimes et par les coupables eux-mêmes, qui ne réalisent pas qu’ils ont franchi la limite. Pratique.

En réalité, les frontières sont floues depuis un moment. Celle qui séparait le dicible de l’indicible a été déplacée avec l’apogée de la sacro-sainte liberté d’expression. Celle qui délimitait le privé et le public a été abolie et aujourd’hui des propos terriblement perturbants, tenus dans les Cours d’Assises, se retrouvent en une des quotidiens nationaux, redonnant à la définition initiale du mot « obscène » toute sa dimension.

« Mais tu es sûre ? Il a vraiment insisté ? Tu n’as pas sous-entendu quoi que ce soit d’ambigu ? » Elle est là, la paume moite qui vient faire baver la netteté des lettres des mots HARCELEMENT SEXUEL.

A l’heure où les frontières physiques du monde sont plus nettes que jamais, pourquoi a-t-on tellement besoin de flouter celles qui régissent la morale et la vie civile ?

On segmente chaque parcelle de terrain, on délimite chaque route et on construit des murs pour séparer des territoires, mais on est incapable de reconnaître quand la limite a été franchie.

Si les Hommes continuent à clamer que la frontière est floue, ils finiront par jouer tout seul sur l’immense plateau de jeu, cherchant désespérément à placer et à déplacer les petites barrières en plastique. Ils joueront, en attendant qu’une circonstance malheureuse vienne les renverser, jugeant qu’elles ne sont pas placées au bon endroit.

*Shifting Boundaries, jusqu’au 28 janvier 2018 au Nobel Peace Center d’Oslo

Photo de une : Towards the forest, E. Munch, 1915

Publié dans Noa's Little Bakery

Le pouvoir de la halla

La halla, du point de vue du tablier !

Par Noa Katz, influenceuse food à Tel Aviv

Ce que j’adore dans la pâtisserie, c’est la notion de partage. Faire des gâteaux pour les autres, c’est ma manière de communiquer. Chaque gâteau a le pouvoir de faire ressentir différentes émotions.

Mais si on devait donner un prix au met le plus fort en sensations, il s’agirait sans hésitation de la halla*, qui remporterait sa place en haut du podium.

Autant de recettes de hallot que de tables de Shabbat

Ma recette de hallot a été travaillée et adaptée au grès des différents « mmmmmh » du vendredi soir. Ce que je recherchais en améliorant ma recette c’est ce mélange subtil entre le pain et la brioche. Aujourd’hui, je peux dire que cette recette est terminée !

Certains font du yoga pour se détendre, et bien moi, je fais des hallot. C’est mon moment de relaxation de la semaine. La préparation se fait généralement en musique et je laisse libre court à mon imagination pour la forme. Longues, rondes, 3 ou 6 branches, individuelles ou entières, il n’y a pas de limite à la créativité.

La halla est certainement la seule pâtisserie qui se déguste à un moment bien précis, le vendredi soir. En effet, personne n’aurait l’idée de manger des éclairs uniquement le mardi !

La halla marque la fin de la semaine et a le pouvoir de rassembler tout le monde pour Shabbat, grâce au moelleux de sa mie.

Vivement vendredi prochain !

*la halla (hallot au pluriel) est le pain traditionnel du Shabbat. Une prière lui ai consacré en début de repas. Il s’agit d’un subtil mélange entre le pain et la brioche, tressé, qui peut prendre différentes formes.


La page Instagram de @noas_little_bakery : ICI 

La rédaction a évidemment goûté aux désormais célèbres hallot de Noa’s Little Bakery. Un goût de paradis qui fait pâlir les boulangers du tout Tel Aviv. On en salive encore…

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The Enemy : l’autre, c’est moi

C’est grâce aux publicités sponsorisées particulièrement bien ciblées de la page Facebook de The Enemy que j’ai découvert l’exposition, hébergée à Paris.

Je suis arrivée (presque) à l’heure indiquée sur mon billet réservé la veille et il faut croire que la notion de l’horaire est restée très occidentale à l’Institut du Monde Arabe. On me lance un reproche bien senti sur ma dizaine de minutes de retard. « Vous passerez avec la prochaine équipe ». Equipe ?

Je dois d’abord répondre à une série de questions sur un IPad. Selon vous, la guerre est : dans la nature humaine, indispensable, un peu indispensable, pas du tout indispensable ? Ainsi que des questions sur mes rapports aux 3 zones de conflits dont il est question dans l’exposition : les Maras du Salvador, la République Démocratique du Congo et Israël et la Palestine. Je réponds honnêtement à chaque fois.

On m’explique que le but est d’adapter le parcours à chacun, selon son expérience du conflit. Je suis déjà impressionnée par la pertinence de la démarche.

Est-ce que je pourrais être toi, si j’étais de l’autre côté ?

C’est la question à l’origine du projet The Enemy, mûrit par Karim Ben Khelifa. Ce photographe de guerre a voulu rendre visible l’autre, celui que l’on craint, qui nous fait peur, que l’ont veut éliminer. L’ennemi. Karim Ben Khelifa a rencontré 6 combattants, 2 ennemis par conflits, qui se sont écoutés et qui ont confronté leurs points de vues sur le combat qu’ils partagent. Il a ensuite retranscrit leurs témoignages grâce à la technologie la plus avancée, la réalité augmentée. Le combattant se retrouve projeté devant le visiteur, le regarde quand il bouge, suit son regard et ses mouvements.

En donnant la parole à ceux qui portent en eux la violence, en leur permettant de se présenter, d’exposer leurs motivations et leurs rêves, le projet confronte autant les points de vue des combattants que le nôtre.

Une jeune femme nous conduit – l’équipe – dans une grande salle vide aux murs gris. On y trouve seulement une table et du matériel technique. Notre guide nous explique comment va se dérouler l’expérience et tente de nous rassurer : « Ne vous inquiétez pas, vous n’allez pas être projetés au milieu d’un champ de bataille ! ». Elle explique aussi comment fonctionne la réalité augmentée : « Vous allez peu à peu oublier que vous êtes dans cette pièce, vous allez vraiment vous promener dans une exposition avec d’autres murs. Vous verrez les autres visiteurs sous forme d’avatars donc vous ne vous cognerez pas les uns aux autres ». Moi ? Oublier où je suis ? J’en doute…

On m’équipe d’un masque audio et visuel et d’un sac à dos. C’est parti. Et c’est bien vrai, je suis dans une exposition, avec d’autres murs ! Je me promène dedans comme si j’étais au Musée d’Orsay, en regardant les tableaux à droite, à gauche, au plafond et au sol.

Je commence par la salle de la République Démocratique du Congo. Au moment où Jean de Dieu, combattant de 18 ans, apparaît devant moi, j’ai un mouvement de recul brusque mais je me ressaisis pour l’écouter parler.

Des capteurs analysent tout au long de l’expérience mes réactions face aux combattants. Dans les deux premières salles, celles du Congo et du Salvador, j’ai les mêmes réactions. J’entends leurs peurs, leur persévérance, la violence de leur combat mais je me focalise davantage sur l’expérience de vivre la confrontation de ces deux ennemis, qui m’émeut beaucoup.

Dans la troisième salle, j’arrive à Gaza et je rencontre Abu Khaled, combattant du Hamas. Il s’approche de moi et là, j’ai une franche démarche de recul, qui ne me quittera pas durant tout l’entretien. Abu Khaled parle d’un conflit que je connais, d’un point de vue que je ne connais pas. Et je suis extrêmement déçue. Déçue de ne pas avoir l’intelligence d’écouter ce qu’il a à me dire sans penser – parfois à voix haute – « Ouai, c’est ça ouai… ». J’ai peur devant Abu Khaled. C’est le seul combattant duquel je ne fais pas le tour. Je reste à distance, les bras croisés.

Je me dirige ensuite vers Gilad, le combattant de Tsahal. Quel bonheur. Enfin un visage familier ! Je souris de soulagement en arrivant à sa hauteur. Quand il commence à parler, les larmes me montent sous ce masque trop lourd que je porte. J’ai envie de le prendre dans mes bras et j’ai envie qu’il me rassure à son tour. Je n’écoute même pas ce qu’il me dit. Ou à peine. Je suis d’accord avec tout. Et pourtant, il ne dit rien. Pas plus qu’Abu Khaled.

Des 3 salles, les 2 combattants dont le discours sur la guerre et le conflit est le plus vide, sont Gilad et Abu Khaled. Il n’y a aucun sens dans ce qu’ils disent. Il n’y a pas d’engagement ou d’acharnement. Seulement une profonde résignation. Le motif de leur conflit ? Jamais évoqué. Ils n’ont aucune idée de pourquoi ils mènent un combat qui n’a pas de fin.

Et je m’en veux. Moi qui ai toujours clamé vouloir connaître l’autre, le combattant palestinien, celui que j’aurai probablement été si j’étais née de l’autre côté, animée par les mêmes sentiments, je n’ai pas été capable de prêter attention aux paroles de l’ennemi.

A la fin du parcours, les capteurs indiquent que je n’ai pas eu les mêmes réactions avec les deux derniers combattants. Ils me proposent de me rendre dans la dernière salle pour découvrir de quel combattant je suis le plus proche.

Je m’approche d’un miroir pour découvrir à quel combattant mes réactions m’ont identifiée. Un soupir de stupéfaction m’échappe. Je suis Abu Khaled, le combattant de Gaza. L’autre, c’est moi.

Bande annonce de l’exposition The Enemy

Site Internet de The Enemy : http://theenemyishere.org/ 

A l’Institut du Monde Arabe à Paris jusqu’au 4 juin 2017

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L’Iliade : la grâce de leurs épopées

Dimanche 7 mai, alors que la France est aux urnes, je me rends au Théâtre Paris Villette. Il est 16h, c’est une pièce en matinée. Ça tombe bien, je suis du matin.

Il pleut sur la Cité des Sciences de la Villette. La grande verrière abrite quelques enfants qui s’amusent sur leurs skateboard colorés. Et là, juste derrière le grand bâtiment qui sert de Conservatoire National de danse et de musique, se niche le Théâtre Paris Villette.

Des spectateurs attendent en groupe devant le hall d’entrée. Je remarque des enfants visiblement venus seuls, agités et impatients. Je me demande si c’est leur professeur de français qui leur a indiqué qu’on jouait l’Iliade à la Villette.

Noir dans la salle. On entend quelques francs craquements du bois de la scène. C’est à cela qu’on reconnaît un beau théâtre : au bruit du craquement de la scène dans l’obscurité.

Pleine lumière sur un demi-cercle formé par des chaises pliables disposées sur le plateau. Deux femmes sont assises à l’opposé l’une de l’autre. La première, Sara Hamidi, est une chanteuse iranienne qui entame un chant si beau que mon cœur s’accélère. Sur la mélodie, Armelle Abibou prend la parole. Elle est Hélène. Mais pas seulement. Elle est toutes les femmes de l’Iliade. Sa beauté et sa grâce rajoutent à l’intensité du moment.

Des hommes en colère

« Tout commença par un jour de violence » Homère

Dans un moment qui leur appartient soudainement, 12 hommes sortent des coulisses et prennent en silence possession de la scène toute entière. Chacun s’installe calmement sur sa chaise. Tour à tour, ils se présentent. Ils sont Achille, Hector, Paris, Ajax, Ménélas, les héros et les rois grecs d’Homère. Casquettes vissées sur la tête pour certains, capuches à moitié remontées pour d’autres : venez comme vous êtes.

Quelques minutes après le début de la pièce, une certaine émotion m’envahit et je me surprends à pleurer doucement. C’est ce qu’une telle justesse scénique provoque. Chaque mot est à sa place, chaque corps s’anime au bon moment, la cadence est juste et l’énergie si puissante que j’en tremble. Le temps s’arrête au Théâtre de la Villette qui respire désormais au rythme des vers de l’Iliade.

Alors que le spectateur peine à reprendre son souffle, Hector et Ajax jettent leurs corps l’un contre l’autre dans un duel qui me soulève le cœur. Le bruit du fracas des chaises sur le sol donnent le tempo à cette scène d’une intensité quasi insoutenable.

Les scènes s’enchaînent, mêlant tantôt la tendresse d’un mari pour son épouse, tantôt la bonté d’un frère ou la détermination d’un guerrier. Toutes sont des scènes de la colère des Hommes.

Mais qui sont-ils, ces comédiens aux longues barbes, à la démarche rebelle, à l’articulation troublante et aux gestes nerveux ? Ils sont d’anciens détenus et détenus, comédiens professionnels ou amateurs, hommes libres et hommes incarcérés.

Qui est qui ? Cela n’a plus d’importance depuis que chacun s’est présenté sous son patronyme grec. Six comédiens sont détenus ou anciens détenus au Centre pénitentiaire de Meaux. La découverte du texte a eu lieu dans l’enceinte de la prison, puis un projet d’une création « hors les murs » a peu à peu vu le jour. Aujourd’hui, après des mois de répétitions dans le centre pénitentiaire, comédiens de métiers et apprentis forment une troupe de 18 comédiens.

Je pense à Constantin Stanislavski et à sa méthode de jeu, celle de piocher dans ses propres émotions pour incarner celles du personnage. Quand cela fonctionne, on peut avoir la chance d’assister à un moment de sincérité unique. C’est le cas ce dimanche.

C’est une démonstration de théâtre qui a lieu en ce moment au Théâtre Paris Villette. Ni une mise en scène, ni une représentation, c’est l’expression la plus simple de ce qu’est le théâtre qui se joue sur cette scène.  La justesse de chaque seconde de cet épisode de l’Iliade joué ce dimanche m’émeut comme rien ne m’avait émue depuis longtemps.

Noir final sur la plateau. Les premiers applaudissements résonnent, je suis déjà debout avec quelques spectateurs de ma rangée. Peu à peu, chacun se lève et au troisième rappel, la salle est debout et applaudit à tout rompre. La magie se poursuit jusque dans cet ultime échange au cours duquel les acteurs applaudissent les spectateurs.

Ce jour-là, l’épopée d’Homère n’a plus rien de mythologique, c’était la vie, la vraie.


L’Iliade – mise en scène de Luca Giacomoni, en partenariat avec le Centre pénitentiaire de Meaux, jusqu’au 14 mai au Théâtre Paris Villette – http://www.theatre-paris-villette.fr/spectacle/iliade/
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Baal : Stanislas Nordey au pied du quatrième mur

Qu’il est doux de retrouver les théâtres parisiens et particulièrement celui de La Colline, qui a vu passer mes meilleurs souvenirs de scène.

Ce vendredi soir de mai, il y a foule rue Malte-Brun. Les spectateurs en retard se pressent de terminer leurs sandwichs du MacDo, achetés en hâte juste avant Place Gambetta. Chacun s’installe dans les étroits fauteuils de la grande salle. L’odeur de craie et les bruits sourds de craquements de la scène parviennent aux plus sensibles à la beauté d’un début de spectacle.

Des tâches de couleur rouge apparaissent sur un écran au fond de la scène, le bien nommé quatrième mur, que les amateurs de théâtre brechtien reconnaissent rapidement. La première song de la pièce est récitée par une voix off et le spectateur, trop occupé à distinguer les lettres B A A L s’afficher sur l’écran, ne peut s’émouvoir de ce premier texte qui  s’inscrit pourtant comme l’un des plus beaux de l’oeuvre de Bertolt Brecht.

Stanislas Nordey traverse le plateau. Vêtu d’une veste en cuir mal ajustée et d’un pantalon trop large pour sa maigre silhouette, il investit la démarche de Baal. La première scène regroupe les notables et leurs épouses, admirateurs du Maître-poète, le bien-nommé* Baal. Nordey déclame les vers du poète à sa manière, reconnaissable à son articulation si particulière qui lui vaut les plus beaux rôles du théâtre contemporain.

Les tableaux s’enchaînent, mêlant jeux de lumières et structures mobiles sur les côtés de la scène. La scénographie prend maladroitement le pas sur le texte, ne rendant pas justice à la force des mots.

Le choix scénique le plus surprenant est sans doute celui de tenir à distance Baal et son compagnon de toujours Eckart. La metteur en scène Christine Letailleur choisit de les opposer physiquement en tout point de la scène, à l’exception de cette scène aux allures de romance homosexuelle au cours de laquelle les deux hommes s’enlacent, dos face au public.

Tempête sur la Colline

Baal a l’effet d’une tempête. Le personnage fasciné par les arbres et la forêt souffle une haleine de Schnaps face au parterre de spectateurs qui n’a d’autre choix que d’écouter les plaintes du poète. Les moins patients quittent la salle avant la fin du spectacle.

La seconde partie de la pièce se veut plus violente. On enchaîne les tableaux de viols chorégraphiés, de douleurs et de maux. Mais la passion ne prend pas. La mise en scène peu subtile enlève tout à la magie du texte de Brecht et à l’émouvante complexité du personnage de Baal.

Les poèmes sont récités, et non chantés, malgré la copie de la partition de la pièce glissée dans le livret du théâtre, il n’y a pas de songs. Mais peut-on vraiment faire du Brecht sans songs ?

Le quatrième mur, bien présent, joue son rôle de distanciation et casse l’illusion du spectateur avec quelques passage méta-théâtrales un peu maladroits. Stanislas Nordey se perd dans le flou de la distanciation. En faisant le choix d’un acteur habitué aux rôles « à la Baal », le processus voulu par Brecht est peu réalisable, à l’opposé de la mise en scène de la même pièce de François Orsoni au théâtre de la Bastille qui avait vu une superbe Clodilde Hesme dans le rôle titre.

Soyons francs, et laissons la qualité des pièces de Brecht à ceux qui en ont saisi toute l’essence, la beauté et la nécessité, le Berliner Ensemble, qui s’illustre depuis sa création dans des interprétations sans commune mesure du monument brechtien.

*Dans l’Ancien Testament, Baal signifie « maître ». Il est aussi le dieu de la tempête.

Baal, mise en scène de Chritsine Letailleur, au Théâtre de la Colline jusqu’au 20 mai – http://www.colline.fr/fr/spectacle/baal

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69, face to face

I love everything about you. Even what I don’t like, I love.

  • L’enthousiasme
  • L’étonnement
  • Le goût sucré des croissants au chocolat du Shouk HaCarmel
  • Le goût amer des actions du Gouvernement actuel
  • La nostalgie des jours d’été brûlants
  • Le bonheur de sortir ses vêtements d’hiver et d’avoir un peu de style
  • L’amour
  • Le sexe
  • Les vibrations des clubs en sous-sol
  • Le bruit des rires qui résonnent partout
  • L’odeur de l’Arak qui s’échappe des shots déposés sur les comptoirs des bars
  • Le fait que tout ce qui s’y passe peut être considéré comme un miracle
  • Les Habad qui te poursuivent dans la rue pour te mettre les téfilines
  • Jérusalem
  • Le bruit du mazgan
  • Le bruit du timer de la douche des appartements
  • Lui
  • Elle
  • Elles
  • Eux
  • L’espoir
  • La colère
  • Le mépris des Israéliens quand tu leur dis que toi tu adores le Radio
  • La musique du Anna Loulou
  • Les légendes urbaines qui circulent autour du Block
  • Mitzpe Ramon
  • Croiser mon ex à chaque fois que je vais au Shouk
  • La rapidité
  • La lenteur
  • Le Misrad Hapnim
  • L’ignorance
  • Le bruit
  • La puanteur du Kerem Hateimanim les samedi matins
  • Les arbres de Neve Tsedek
  • L’identité
  • L’absence
  • Les Kilk
  • Les Bisli
  • Le ciel
  • La terre
  • Les bus
  • Les prises électriques dans les trains
  • Le bruit de la machine pour composter son ticket dans le tramway de Jérusalem
  • L’architecture de l’aéroport
  • Les batteries de vélos éléctriques
  • La folie
  • L’ennui
  • La bêtise
  • Le calendrier
  • Le jour
  • La nuit
  • Les trottoirs
  • Les travaux
  • L’espace
  • Toucher les mains des inconnus dans les Sherout
  • Les plaintes
  • L’amitié
  • La chaleur
  • Les radiateurs électriques
  • Les réchauds de camping dans les cuisines
  • Les pannes de courant
  • Les musiques de arsim
  • Les chiens
  • L’alcool
  • La tristesse
  • La mémoire
  • La culpabilité
  • L’Histoire
  • Y être la meilleure personne que je suis puisse être

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Jérusalem, je t’aime

La religion ressemble aux mouvements d’une jupe longue plissée, que le vent fait bouger dans de lents mouvements.

La religion a l’odeur de vêtements propres et d’un parfum sucré, que l’on sent parfaitement quand les femmes passent à reculons près de nous, s’éloignant du Mur de toutes les prières.

La religion a le goût d’une gorgée de vin rouge le vendredi soir.

La religion a le bruit du tissus qui recouvre le pain tressé et qui s’envole d’un mouvement rapide.

La religion a la douceur de la main qui traverse la page d’un livre de prières et la rigueur des mouvements de balancement de ceux qui le lisent.

La religion a l’espace d’une ville toute entière.

Jérusalem. Une ville millénaire, qui a vu passer les pèlerins les plus pieux et les visiteurs les plus laïcs. D’aucun citeront Lourdes, La Mecque ou Bethléem, pour moi Jérusalem est la ville de toutes les religions et de tous leurs Dieux.

A peine les pieds posés sur le sol de Jérusalem, le visiteur peut saisir qu’il n’en sortira pas vraiment indemne. Quelque chose se passe. C’est dans ce regard échangé avec cette jeune mère de famille, vêtue de lourds vêtements noirs, de collants d’une épaisseur encore jamais vue et d’une perruque presque jaune et trop bien peignée.

C’est aussi dans le mouvement de secousse du tramway et du bruit de la machine pour valider son ticket.

C’est enfin dans ces rues, encadrées d’immeubles tout en pierres de Jérusalem, dans lesquelles on a plus que jamais les pieds sur terre.

Il y a ces jeunes soldats, qui circulent dans la ville, leurs armes collées contre leurs maigres flancs. Il y a cette police à moto, qui roule à toute allure sur la rue principale, sur laquelle circule normalement le tramway. A deux sur leur engin, on ne distingue qu’une ombre qui fuit dans la nuit et que seules les lumières mécaniques permettent de repérer.

La Ville Sainte a l’image d’un nuage de fumée et d’effluves de vin rouge. De corps qui dansent sur une musique électrique. De visages sereins et d’œils clos qui laissent à l’âme le loisir de s’évader le temps d’une chanson.

On se croise et on se frôle à Jérusalem. Bras contre bras, on se bat pour choisir ses pitot au Shouk et cœur contre cœur, on s’enlace dans les petites rues sombres du centre.

Jérusalem est un sentiment qui engage quiconque le connaîtra. Jérusalem prend au cœur et aux tripes.

Il faut être prêt pour connaître et reconnaître Jérusalem. Elle ne rend pas la tache aisée, imposant son rythme rapide et l’apparente froideur de ceux qui la compose.

Mais, au milieu de ce que vous pourrez et ne pourrez pas voir, soyez certains que tout ce que vous lui donnerez, Jérusalem saura vous le rendre.

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Crédit photo : Raphaëlle Samama
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Crédit photo : Raphaëlle Samama

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Crédit photo : Raphaëlle Samama

Photo à la une de l’article : Raphaëlle Samama

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In Between לא פּה,לא שם – بربحر

Mon cœur n’a pas battu aussi fort depuis tellement longtemps

A écouter pendant la lecture de cet article, Gamil, de YAS :

Le film de Maysaloun Hamoud, In Between, est présenté dans les salles obscures de Tel Aviv depuis quelques semaines. J’ai profité d’une séance avec un sous-titrage en anglais pour découvrir le dernier film produit par Shlomi Elkabetz, frère de la regrettée Ronit Elkabtez – à la mémoire de laquelle le film est d’ailleurs dédié.

Officiellement, le film retrace l’histoire de la cohabitation de 3 jeunes filles arabes israéliennes, qui – par un hasard heureux (ou malheureux) – se retrouvent à partager un appartement dans le quartier du Kerem HaTeimanim (ancien quartier yéménite) de Tel Aviv.

Le spectateur entre dans les vies de Layla, avocate à Tel Aviv, issue d’une famille musulmane de Nazareth, Nour, une étudiante en sciences de l’informatique à l’Université de Tel Aviv, musulmane pratiquante et Salma, une arabe chrétienne, DJ à Yaffo.

Nour fait son entrée dans l’appartement afin de se rapprocher de l’Université. Si son fiancé ne le voit pas d’un bon œil, la jeune femme apprécie cet environnement très libre et libéral, loin des conventions religieuses qu’elle a toujours connues.

Le film retrace les péripéties des vies de femmes que beaucoup de choses séparent mais qu’une chose essentielle rapproche : le goût furtif de la liberté. Cigarettes, drogues, alcool, sexe et vie nocturne décomplexée complètent les vies quotidiennes de Layla et Salma. Le film peint une jeune société arabe israélienne enthousiaste, moderne et qui assume ses choix de vie. La bande originale du film, guidée par la chanteuse YAS, rajoute une touche electro-oriental à cet univers qui sent la cigarette froide et le thé à la menthe.

Etre une femme libérée, tu sais c’est pas si facile

Et pas seulement pour une femme arabe, certes. Mais disons que c’est davantage compliqué quand toutes les conventions et modes de pensée ancrés depuis des siècles font barrage.

Alors que Nour s’émancipe peu à peu de l’omniprésence de son fiancé en dansant dans le salon sur des rythmes nouveaux, Layla découvre l’amour et Salma s’amourache d’une jeune fille. Toutes trois font finalement l’expérience d’une nouveauté.

Beaucoup de critiques ont salué le courage du film de montrer une facette des femmes arabes, celle qui les montrent précisément comme des femmes et plus comme les filles, les sœurs ou les épouses. Pour ma part, ce que je retiens de ce film, c’est le rythme d’une ville qui bat aussi vite que les cœurs de ses habitants.

J’ai vu le film dans une salle à priori remplie d’étrangers (entendez de non-Israéliens) dû au sous-titrage de la séance. J’imagine que ce qui a pu nous faire rire n’aura pas fait rire les Israéliens, et inversement.

Au-delà de parler de la société arabe israélienne, ce film parle aussi tout simplement de la société israélienne. A demi mots, certes, mais il en parle forcément. Car l’une ne va pas sans l’autre.

En hébreu, le titre signifie « Ni ici, ni la-bas ». Ce film raconte avant tout l’histoire d’une jeunesse du milieu, qui cherche sa place. Une jeunesse qui se bat pour sa liberté mais qui ne se méfie pas assez du désir fou de tout avoir en même temps. Une jeunesse qui vit tout comme si c’était son dernier jour. Une jeunesse en colère et frustrée. Cette jeunesse qui s’enivre et qui veut toujours aller plus loin. Cette jeunesse aussi qui prend soin de ceux qui la composent avec beaucoup de bienveillance.  Une jeunesse toute israélienne en somme.

La bande annonce du film. Sortie en France fin mars 2017 !

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Palestine.net

 

Samedi après-midi, Tel Aviv.

Après quelques jours de pluie – et chacun sait ce que la pluie représente dans une ville qui n’a pas d’égout – le soleil refait surface dans la Ville Blanche. Après une bonne dose de motivation, nécessaire pour quitter mon appartement un samedi, je m’élance sur le boulevard Rothschild. L’idée : aller voir ce documentaire israélien sur les modes d’utilisation des réseaux sociaux par les Palestiniens.

Les rayons du soleil ont habillé les arbres, les pistes cyclables sont pleines de familles aux enfants distraits et les terrasses peuplées de fêtards fatigués de la veille. Après 15 minutes de marche, l’espoir que j’avais de trouver un Sherut (taxi partagé), s’évanouit peu à peu.  Je marcherai donc jusqu’à Kikar Habima, pour rejoindre ensuite la cinémathèque de Tel Aviv. 

Celle-ci est presque vide, à l’exception d’un couple sexagénaire qui commande un café et de quelques guichetiers lassés. Je demande un ticket, en anglais, et l’on me lance un regard mi-inquiet mi-moqueur. Oui, j’aurais du préciser que le documentaire est en arabe et hébreu, sous-titré en hébreu. Je sais que mon niveau d’hébreu ne me permettra pas de comprendre tout le film mais il faut bien se lancer, non ?!

Nous sommes 6 spectateurs dans la salle obscure. Je me demande, un peu énervée, où sont les bobos Tel Avivi, ces fervents défenseurs de la paix, amoureux des Palestiniens, prêts à tout pour garantir une meilleure entente entre leur peuple et celui qui se trouve de l’autre côté du mur. Probablement trop occupés à disserter sur l’immoralité de Tsahal lors de la dernière guerre à Gaza ou à écouter une musique arabe hip-hop en fumant un joint bio.

La première partie du documentaire vise à montrer comment les Palestiniens, et les Arabes en général, utilisent les réseaux sociaux. Un coiffeur de Jérusalem-Est explique que les Arabes adorent partager toutes sortes de contenus sur Facebook.

« Il y a une blague chez nous qui dit que si un arabe n’a pas assez d’argent pour s’acheter un café, il aura sûrement le dernier IPhone dans la poche. »

Partager les nouvelles d’une famille, une naissance ou un mariage, poster des photos de ses amis ou encore rester en contact avec des proches qui vivent à l’étranger, autant de bonnes raisons d’aller sur Facebook.

La seconde partie du film, moins drôle, explique quel est l’intérêt des réseaux sociaux dans les Territoires Palestiniens dans le contexte du conflit que l’on connaît. Beaucoup d’images délicates défilent, créant un malaise palpable dans l’obscurité de la salle. On entend des soupirs plus appuyés et des raclements de gorges qui ne trompent pas. Une femme se lève et se plaint en hébreu. Je ne comprends pas la teneur exacte de son propos mais je devine que le malaise est allé trop loin. Elle quitte la salle.

Le coiffeur du début est au téléphone avec sa fille, en route pour l’Université. Elle lui annonce qu’un camion bélier vient de foncer dans la foule à un arrêt de tram à Jérusalem. Le fil d’actualité de Facebook de son père annonce dans le même temps que le terroriste palestinien a été abattu.

– « Range ton téléphone et rentre à la maison maintenant, ok ? »

Le film s’achève sur les images d’une mère palestinienne qui explique à quel point il est important que ses enfants voient sur les réseaux sociaux les images, parfois dures, d’un conflit qui est aussi le leur.

Le climat est lourd à la fin du film. Personne ne se regarde vraiment. En sortant de la salle, le soleil me pique les yeux. Bientôt le bruit de la ville me parvient et me prends toute entière.

Les Israéliens demandent souvent à voir ce qui se passe de « l’autre côté ». Mais sont-ils prêts à accepter de voir ce qui est à voir ? Pas sûr. Mieux vaux peut-être continuer à participer à un fantasme culturel arabisant et à se dire libéral et de gauche. Plus tard seulement, on sortira de la Bulle.

Bande annonce du documentaire Palestine.net, réalisé par Anat Tel Mendelovich